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11 avril 2015

Amérique Latine, dit NON aux manips de l’Oncle Sam

par Maurice Lemoine *

 

Pour Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique Latine, au sommet des Amériques, les 10 et 11 avril au Panama, Barack Obama rencontrera Raul Castro. Malgré ce rapprochement diplomatique, amorcé en début d’année, les États-Unis continuent de vouloir imposer leurs diktats aux gouvernements sud-américains. Analyse.

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Les ouvriers de la pétrolière PDVSA
gérée par l’État manifestent
le 18 mars à Caracas (Venezuela) scandant :
« Le pétrole est à nous,
Yankees rentrez chez vous ».
Carlos Garcia Rawloings/Reuters

Tout être moyennement sensé a cru rêver quand, le 9 mars, Barack Obama a décrète l’« urgence nationale » face a « la menace inhabituelle et extraordinaire » que fait peser le Venezuela sur « la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ». Puis l’analyse a repris le dessus : dote d’importantes réserves de pétrole et refusant de se soumettre aux diktats américains, le Venezuela a déjà paye cette résistance d’un coup d’Etat (rate) contre Hugo Chavez, avec l’appui de George W. Bush, en avril 2002. II reste dans le collimateur, et d’autres pays, pour peu qu’ils soient« de gauche », avec lui. Moins sanglants que par le passe, et donc passés relativement inaperçus, des coups d’Etat ont renversé le président hondurien Manuel Zelaya en 2009 et le Paraguayen Fernando Lugo en 2012 ; Evo Morales, en Bolivie en 2008, et Rafael Correa, en Equateur en 2010, ont subi de sérieuses tentatives de déstabilisation.

SCANDALES, MACHINATIONS ET MANIFESTATIONS

Au Brésil, une situation économique détériorée et la révélation de graves scandales de corruption impliquant, entre autres, le Parti des travailleurs (PT) peuvent expliquer qu’un million et demi de personnes soient descendues dans la rue le 15 mars. Justifient-elles que la droite réclame la destitution (« impeachment ») de Dilma Rousseff et que, au sein des manifestations, on ait vu surgir de nombreuses banderoles réclamant « un coup d’Etat militaire », sans que personne ne songe a en expulser les porteurs ? Depuis New York, le juge fédéral Thomas Griesa harcelé Buenos Aires en ordonnant le remboursement intégral de « fonds vautours » qui ont rejeté les conditions proposées lors des restructurations de la dette argentine en 2005 et 2010. En tentant de bloquer le paiement aux créanciers réguliers, il met le pays au bord du défaut de paiement. En interne, c’est le procureur Alberto Nisman, charge de l’enquête sur l’attentat de la mutuelle juive de l’AMIA en juillet 1994 - 85morts et 300 blesses -, qui a fait l’événement en accusant la présidente, Cristina Kirchner, d’avoir favorise l’impunité de suspects iraniens. La mort ultérieure du magistrat dans des circonstances mystérieuses - qui semblent s’apparenter à un « suicide assiste » - a servi à faire du pouvoir le potentiel instigateur d’un « crime d’Etat ». Sauf pour les naïfs, l’affaire « pue »la machination.

LE DECRET OBAMA CONDAMNE PAR L’AMERIQUE LATINE

Depuis février 2014, dans un Venezuela affaibli par l’effondrement des prix du pétrole, un sabotage économique similaire a celui que connut le Chili de Salvador Allende va de pair avec des épisodes de guérilla urbaine ouvertement destines a pousser le président, Nicolas Maduro, à la démission. Le ler mars, Rafael Correa a dénoncé : « Le Venezuela est confronte a une guerre économique et médiatique, et il se retrouve dans la situation d’autres gouvernements progressistes d’Amérique latine avant lui. » Par son décret, que condamnent tant l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) que la Communauté des Etats latinoaméricains et caraïbes (tout le continent moins les Etats-Unis et le Canada). Obama donne de l’oxygène aux éléments factieux de l’opposition. Nul ne jurerait que, malgré son rapprochement« historique » avec Cuba, il sera accueilli par ses pairs avec de grands sourires au sommet des Amériques des 10 et 11 avril au Panama.

Humanité Dimanche. Paris, 11 Avril, 2015.

* Maurice Lemoine. Journaliste et ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : « Chávez Presidente ! », « Sur les eaux noires du fleuve », « Cinq cubains à Miami » et récemment « Les enfants cachés du général Pinochet » (Editions Don Quichotte, en librairie depuis le 2 avril 2015). Lire l’interview à ce sujet : Réfléchir avec les latinoaméricains

El Correo. Paris, le 11 avril 2015.

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